TRAINE LITTÈRATURE EUROPE 2000

Vera TChejkovska

J.W.G
Amoureuses célestes
I. I.
Plastique
Living Theater
Le Lac
Rêves de cristal
Paradis artificiels
Textes
O
Signes de multiplication
Bosch
Psycho

 

J. W. G.


la profusion certaine de l'ourlet céleste du parc de Weimar se configure:
dans des formes strictes comme les irruptions de Lotte dans le cœur brûlant de Goethe.
ou: la volupté, rameau fruitier de l'évolution, revient en grappes de cristaux forestiers. 
ainsi germe la sagesse:
l'amour des époques géologiques. qui se préfère lui-même à johann ou à moi. en le lisant, lui.
ses autogerminations sont des élégies célestes. répartitions délicates du bleu.  le dehors et le dedans.

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

AMOUREUSES CÉLESTES


lotte n'existe pas absolue et angélique. dans les plis trans- parents. comme un voile transparent.                il n'y a pas:
avec sa forme – un étirement vide dans un écoulement tem- porel désincarné, comme la géométrie nue dotée et offerte, comme des centimètres de symétrie abstraite.
lotte arrive par doses voluptueuses d'auto-présence affirmée. comme le corps-propre-espace-temps.

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands


I. I.*

 

entre deux cloches d'école la formule du calcium au
tableau noir
à présent un syllogisme émaillé entre deux thés.
Puis:entre les cadres en os de l'intervalle certain:
caoutchouc personnel             (étirement)
du temps 
enveloppement caractéristique de soi-même
(densification)
des images
odeur singulière du personnel "ballon en cuir"*
goût irreproductible de la vie
comme les "prunes française"*

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

* L. N. Tolstoï: La Mort d’Ivan Ilitch

 

PLASTIQUE


Goût unanime des pains quotidiens
déchet civilisationnel indécomposable
contenu permanent des mythes élargis
rouge à lèvre embaumé profané
simplification des données
à cause de la synthèse des données
ramures clous ouvertures obturateurs
glissent à travers la densité de l'atmosphère
passion stérile des gants de protection
on clone:
poupées 
vibrateurs
tampons dans les oreilles
ventre dur et souffle dosé
opération routinière
un rideau de polyvinyle
tombe sur les yeux
plexiglas – soleil
l'asphalte brûlant geignant sous les fins talons
métalliques
dans l'enregistrement du moment
je compteles cris brimés
comme des psychés en plastique

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

LIVING THEATER


la réduction d'un état amène inéluctablement
à l'hyperbole de certaines de ses composantes: 
la périphérie de la scène se réveille, se répand,
embrasse le centre et devient elle-même 
un point scénique et mondial. 
la voix entonne à travers le premier le deuxième 
etc. poulpe. jusqu'au palais desséché sans reste. 
Le silence alors est une incision bleuâtre
dans les paravents 
une percée céleste épurée

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

LE LAC


Particularité des fenêtres et des balcons.
incommensurable étendue écarlate écailleuse;
bile dont s'arrache le soleil;
gelée glauque de la terre;
flaque vivante dans un nombril profond: elle s'évapore et anoblit l'environnement; fond bleu liquoreux
de l'atmosphère; alléchante
plaine-nylon;
une multitude de foulards blancs ondoient au-dessus d'un glacier bleu, qui n'est pas un lac, mais un cercle bleu sur la carte géographique:

la nuit: en collier de points électriques autour de mon cou.

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

RÊVES DE CRISTAL

 

l'arbre du cristal
croît. brille l'immense
cloche majestueuse
pour montrer sa langue
sa pomme-rubis.

lèvres vermeilles sur une joue pure cristalline
la conséquence est:
quatre yeux se boivent les uns les autres et
quatre mains portent une pomme vers l'impétueuse
langue-langue.

des langues bilieuses se caillent jusqu'aux cailloux
la lumière
au pied des claires contrées.

ou: la volupté, rameau fruitier de l'évolution,
revient en grappes de cristaux forestiers.

ainsi germe la sagesse:
l'amour voué à des époques géologiques

et une suite de lettres symétriques

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

PARADIS ARTIFICIELS

 

notre rétine s'aveugle dans l'amour irrépressible pour une sombre branche céleste surgie sur l'écran de la télévision.

et dans l'air glaireux autour de la soie sacrée à travers laquelle fleurit la pourriture comme une olive...

olive morve - image et image dans une rime puissante morveuse.

La morve est: matière de rêve qui se pense elle-même. Nous enveloppons une branche d'olivier dans des couches de soie fraîche
appartenant à nos égoïtés.

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

TEXTES

 

lèvres alchimiques et passionnées parmi les étoiles.
lui, les feux primitifs de la sauvagerie.
Les images ensauvagées dénudèrent le regard:
la première surface se creuse en petits trous noirs
au-dessus de la ville,                        nuages secrets des
chaînes sonores.                         Quand nous fécondons
les tendresses célestes:        les pissenlits, petits ventres
frêles...                     Ces enfants jamais nés du bonheur
- maîtres invisibles des bizarreries vocales et lumineuses
tous les enthousiasmes cognitifs             portent
les absences                                    comme des colliers
de perles incrustés dans le souffle.

Nous étions aveugles et pauvres quand nous nous agenouillions devant la voûte.

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

O

 

le vol puissant de la lumière vers les barrièresles
séparations en verre
au-dessus des parallélépipèdes en verre
au-dessus des parenthèses graduées
est une pure brassée d'air
une distribution systématique des miroirs impraticables
est un euclide omni-droit dans une rue omni-brillante.
La rondeur n'est que dans les petites gorges, les grains
et les vaguelettes – volupté des automates.
Et:
le fragment de ciel
je voulais le prononcer
follement bleu

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands

 

SIGNES DE MULTIPLICATION


la bande dessinée ressemblait aussi à certaines demarches
depuis  longtemps  déjà  connues  de  dénuement,  de   dépouillement  et  de  condensation de l'expression jusqu'à
un sol dur non interchangeable.
mais, la vision des villes comme de systèmes des
contours  parfaits  dans  la solennité éternelle d'un espace
absolu, vide, s'efface.

Aujourd'hui,  je  me  souviens  des  espaces  vierges  de
ses mains.                         les paroxysmes des environs.
les bulles dans les verres de lait.       les rayons soyeux.
écailles d'aurore dans les yeux...          nuées de jeunes
rouges-gorges                              qui se touchaient...
les ombres sur la place léchaient le soleil pourpre,
et lorsque même les fenêtres devinrent une langue,
nos langues s'élancèrent en volutes embrasées
vers des ciels profonds, inattendus.

Traduit du macédonien par
Harita Wybrands


BOSCH


hieronymus jette un regard sacro-séculaire sur la place 
de hertogenbosch:
les diablotins en pierre du brabant prolifèrent sur
les façades des églises:
les prêtres sont des comptables, les livre saints
des registres
hieronymus jette un regard perspicace et à travers les sons:
toutes les trompettes dorées de l'azur solennel
passent dans un rythme saccadé infernalement
insatiable pareil à la pluie:
lorsque les gouttes comme les fantômes éphémères du
firmament descendent vers:     La gluante gloutonne
profondeur:
la rue est luciférienne.


PSYCHO


est-ce l'entrelacement d'une droite orthodoxe et d'une courbe hétérodoxe?
je permets une programmation semblable de mes minia- tures dessinées, par exemple que les vers à soie procèdent des vagins du diable et de la semence du seigneur qu'ils sécrètent. Qu'ils soient de menus démiurges pratiques, des abraxas proliférants dans mon expression. Afin de faire valoir son irréfutable mobilité dans les limites du déterminisme.ou encore: la lumière est un dard de guêpe multiplié, l'obscurité, une myriade de fourmis; autre exemplaire de l'initiale vision mythique qui doit se transmettre sans discontinuer jusqu'à aujourd'hui et jusqu'à moi. Seule reste la conscience de certains bonds incisifs... imprévisibles comme les franges roses des constitutions usées...


Vera TChejkovska:

 

 

 

 

 

Literature awards


1976, Mlada Struga, award of the international festival Struga Poetry Evenings, for best poem from young authors.
1992, Kocho Racin, award of the publishing house Makedonska kniga in Skopje, for best book of the year.

Vera TChejkovska is a poet, essayist, translator, physicist and seismologist. Since 1980, she has been working at Seismological Observatory, Faculty of Natural Sciences and Mathematics, Sts Cyril and Methodius University, Skopje, Republic of Macedonia.
She is a member of the Macedonian Writers’ Association, Macedonian P.E.N. Centre, Macedonian Physicists’ Association and Macedonian Seismologists’ Association.
She was an editor of the literature magazine Sto`er of the Macedonian Writers’ Association during 1999; since 1997, she has been an editor of the Macedonian P.E.N. Centre Review.
Education: Bachelor of Science (physics), Sts Cyril and Methodius University, Skopje, 1979; Master of Science (physics of the Earth's interior), University of Zagreb, Republic of Croatia, 1990.
Born in 1954 in Skopje.

 

Bibliography in Macedonian language (selected)


- Chovek i vrata (Man and Door), poems, edition of Alfa, Skopje, 1975.
- Mnozhenje na slovoto
(Multiplying of the Word), poems, edition of Na{a kniga, Skopje, 1986.
- Opit
(The Experiment), poetry, edition of Makedonska kniga, Skopje, 1992.
- Otsustvoto na Blagiot (The Absence of the Mild One), selection of poems, edition of Makedonska kniga, Skopje, 1993.

 

Bibliography in other languages


The poems of Vera TChejkovska have been translated into many languages and included in anthologies and selections of Macedonian poetry.
A larger selection of her poems in French translation is included in the anthology Sept voix de femmes (Seven Women Voices), published by Kultura from Skopje and L'Esprit des Péninsules from Paris in 1999.

 






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